Le numérique est devenu un pilier stratégique des entreprises. Mais derrière les ordinateurs, smartphones et infrastructures IT se cache un impact environnemental souvent mal compris.
Aujourd’hui, mesurer l’empreinte carbone du numérique n’est plus une option : c’est devenu un outil de pilotage pour les directions IT, les responsables RSE et les acheteurs.
Mais concrètement, comment mesure-t-on l’impact carbone d’un équipement informatique ?
1. Mesurer une empreinte carbone : de quoi parle-t-on ?
Mesurer une empreinte carbone consiste à quantifier les émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par une activité.
Pour une entreprise, cela signifie analyser l’ensemble des émissions liées à son fonctionnement :
- consommation d’énergie
- transport
- achats de produits et services
- production et fabrication des équipements
Ces calculs reposent sur des méthodologies standardisées, qui permettent de comparer les résultats entre organisations et d’identifier les leviers de réduction les plus efficaces.
Deux méthodes dominent aujourd’hui.
GHG Protocol
C’est le standard international utilisé par la majorité des entreprises.
Il classe les émissions en trois catégories appelées scopes :
- Scope 1 : émissions directes (chauffage, carburant…)
- Scope 2 : émissions liées à l’électricité consommée
- Scope 3 : émissions indirectes (achats, transport, fabrication des équipements…)
Bilan Carbone®
Le Bilan Carbone®, développé par l’ADEME, est la méthode de référence en France.
Son objectif est d’analyser toutes les émissions liées à l’activité d’une organisation afin d’identifier les principaux leviers de réduction.
En France, certaines organisations doivent réaliser un BEGES (Bilan des Émissions de Gaz à Effet de Serre), notamment les entreprises de plus de 500 salariés.
2. Comment mesurer l’empreinte carbone du numérique
Pour transformer une activité en émissions carbone, on utilise des facteurs d’émission. Un facteur d’émission permet de convertir une donnée d’activité en émissions de CO₂.
Exemples :
- 1 kWh d’électricité en France → X kg CO₂
- 1 km en avion long courrier → X kg CO₂
- Fabrication d’un ordinateur → X kg CO₂
Ces facteurs proviennent de bases de données scientifiques, comme Boavitza ou la Base Carbone de l’ADEME, et constituent la base de tous les calculs d’empreinte carbone.
Dans le cas d’un équipement neuf, le facteur d’émission intègre l’ensemble des étapes de fabrication :
- Extraction des matières premières
- Production des composants électroniques
- Assemblage
- Transport jusqu’au lieu de vente
Dans le cas d’un équipement reconditionné, la fabrication a déjà eu lieu, le facteur d’émission prend donc uniquement en compte :
- Le transport vers l’atelier de reconditionnement
- Les opérations de test et de diagnostic
- Le remplacement éventuel de certaines pièces
- La remise en circulation de l’équipement
L’impact carbone est donc beaucoup plus faible, car on évite toute la phase de fabrication.
Exemple :
- Ordinateur portable neuf : environ 300 kg CO₂e
- Ordinateur reconditionné : environ 20 à 40 kg CO₂e
3. La notion clé : l’impact carbone évité
Grâce aux facteurs d’émission, il devient possible de comparer différents scénarios pour un même besoin.
Par exemple :
- équiper un collaborateur avec un ordinateur neuf ou reconditionné
- prolonger la durée de vie d’un équipement existant
- réparer plutôt que remplacer
On parle alors d’impact carbone évité.
Le principe est simple :
Impact évité = impact de fabrication d’un produit neuf – impact du reconditionnement
Cette approche permet de transformer la mesure carbone en outil d’aide à la décision pour piloter le parc IT.
4. Mesurer pour mieux décider
Mesurer l’empreinte carbone du numérique ne doit pas seulement servir à produire un chiffre dans un reporting RSE.
L’objectif est surtout de répondre à des questions opérationnelles :
- faut-il remplacer ou prolonger un équipement ?
- faut-il acheter neuf ou reconditionné ?
- faut-il réparer ou renouveler ?
Car derrière chaque décision IT se cache un arbitrage environnemental… et souvent aussi économique !

